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jeudi 10 septembre 2015

y aller ou pas...

Envie d’écrire, envie de dessiner aussi, mais pourquoi est-ce si difficile ?
Je sens que c’est là, que j’ai besoin de ça, mais je n’arrive pas à franchir le cap. Besoin du résultat mais c’est la réalisation qui me bloque. Fabriquer les mots ou les images prend du temps et de l’énergie que j’ai l’impression de ne pas avoir en quantité suffisante. D’ailleurs cette impression là je l’ai depuis longtemps. Au point de m’être longtemps contenté de mots et d’images toutes faites, produits par d’autres, immédiatement disponibles… à moindre coût donc.
Mais aujourd’hui, ils ne me satisfont plus. Ne reflètent pas assez ma pensée. Il est donc temps et nécessaire de passer à mes propres travaux.  J’ai parfois goûté ces pratiques, du bout de l’orteil, comme on teste l’eau avant de poser sa serviette, mais il y a dans la photographie un côté trop instantané qui ne colle plus avec mon besoin de cheminement, de gestation. Et si ma pratique plutôt ancienne induit une expérience certaine dans cet art, sa technique m’a toujours plutôt rebuté et je n’y ai donc pas l’expertise qui me permettrait de parvenir aux résultats que je cherche. Il me faut déblayer l’établi, dépoussiérer les outils et réapprendre les gestes, les coups de patte, les petits trucs… Et réapprendre également ce temps de l’artisanat, celui qui dit qu’il faudra veiller tard parfois pour que se produise la précieuse alchimie.
Ce n’est pas gagné, loin de là, il faudra des heures penché dans la lumière faible de nuits trop courtes à fatiguer les yeux, les doigts et l’esprit pour peut-être atteindre un résultat correct sinon satisfaisant.
Est-ce que cela commence maintenant ? Je ne sais pas. J’aimerais mais j’avoue une certaine réticence aux déclarations péremptoires, de celles qui affirment qu’ici s’arrête l’avant. Comment savoir sans avoir éprouvé le pendant ? Alors essayons de mettre la machine en route et nous verrons bien !

Sur un balcon, le 9 août, à 0h56…

mercredi 9 septembre 2015

des news, ça arrive parfois !


J'ai été peu productif en ligne ces derniers mois. Beaucoup de mots sont restés dans ma tête, dans les brouillons ici ou dans mon petit carnet noir. Parfois pas prêt à les laisser partir ou briller en public, parfois pas satisfait du résultat, je laisse mûrir... Le temps, toujours le temps !!! Mais ça viendra.

Avant de vous faire un bref compte-rendu du Hellfest 2015 (il n'est jamais trop tard), j'ai une courte déclaration d'intention et un long texte à partager avec vous, une nouvelle presque.

Grande surprise pour ce dernier : non seulement il s'agit d'une fiction, ce qui est déjà une première pour moi, mais en plus elle parle d'amour ! Complètement inattendu !..

Une histoire de rencontre, de découverte... mais je vous laisse la surprise.


Bref, c'est la rentrée.


jeudi 16 avril 2015

l'étrange expérience


J'ai voyagé la nuit dernière.


Non bien-sûr je n'ai pas brûlé d'essence, bordé de voile ou fissionné d'uranium enrichi. Tout s'est passé pendant que je tentais de surprendre mon sommeil. Parce que si je ne le capture pas au lasso celui-là, il me file généralement entre les doigts.

Je ne sais pas comment c'est venu. Je crois que je pensais à la mémoire et à la force des souvenirs. Je crois que c'était ça. Mais comme c'était dans cette demi-conscience qui nous libère juste avant de sombrer dans les limbes, je confonds peut-être la cause et la conséquence. Possible que les divagations de mon esprit aient généré cette impression, que la résurgence des souvenirs m'ait fait croire que je pensais à la mémoire alors que c'est elle qui s'est invitée toute seule et m'a apporté la preuve de sa puissance. Enfin bref.

Voilà, je vous ai dit qu'il n'y a pas de comment. Ne me demandez pas non plus pourquoi !

En fait d'expérience, j'ai revisité la maison de ma grand-mère dans le Lot et Garonne.

Ma grand-mère, ça va faire 8 ans qu'elle est morte. Et je crois bien ne pas être entré dans sa maison depuis pas loin de 20 ans. Évidemment ça ne risque plus d'arriver. L'ancien relais des Postes du début du 18ème siècle a été vendu il y a bien longtemps, quand il a fallu installer Mireille dans une maison qui prendrait soin d'elle. Un rapide coup d'oeil dans Street View cet après-midi m'a appris que les nouveaux propriétaires ont bien peu respecté l'âme du lieu (dingue cette capacité qu'ont les humains à être médiocres).

J'allais m'endormir sans trop d'encombres pour une fois donc, lorsque mon cerveau a décidé de me téléporter dans cette maison de Tonneins. Avec une précision chirurgicale !

Exactement à l'étage, dans le petit couloir derrière le rideau, qui menait vers la salle de bain et à la petite chambre où j'avais mes quartiers habituellement. Le "petit vestibule", tel que la maîtresse des lieux le nommait. J'ai d'ailleurs gardé du mot vestibule l'image d'un lieu de passage un peu intime et fermé par des rideaux, là où mes cours d'histoire de l'architecture ont plus tard parlé d'entrées plutôt monumentales !
Je n'étais pas juste devant une image estompée par les années mais bien en situation, DANS le lieu, tous sens en éveil. C'était l'expérience du réel. Je pouvais sentir la moquette sous mes pieds, entendre craquer le plancher et les murs, exactement comme lorsque j'y passais enfant. Et surtout, surtout, je sentais le parfum du bouquet de lavande posé sur la petite commode à gauche de la porte en entrant, ainsi que l'eau de Cologne dont il y avait toujours un flacon là.
Tout y était, dans un réalisme qui me laisse encore bien pensif.

lundi 2 février 2015

le voy(ag)eur



Ok, le titre est un peu racoleur... C'est fait pour !



Vous avez sûrement déjà traversé des villages en voiture, la nuit...


On roule tranquillement (normalement !) en ce début de soirée d'hiver. La nuit est là depuis un petit moment. Les derniers travailleurs rentrent chez eux, dans la chaleur réconfortante et les bruits feutrés. Ça sent le feu de bois et parfois il y a un chien qui raconte sa journée aux copains du quartier.

Moi, je conduis et je regarde. L'air de rien, en passant, je matte.

Chez vous oui !

Ces intérieurs éclairés me fascinent. Pas vous, mais votre chez vous.
Je ne souhaite pas assister au baiser du retour de l'amant, à la bise de l'écolier ou à la dispute du retardataire. Ces choses là vous regardent et ne m'intéressent pas. C'est votre foyer que je détaille.


J'adore voir vos choix de meubles. Quelles couleurs vous avez retenues pour la cuisine ou l'entrée. Comment vous éclairez vos soirées, luminaires ou télé. Vos choix m'intéressent car j'ai l'impression qu'ils me disent beaucoup de vous. Ils me racontent vos goût, ou votre absence de, parfois !
Ils trahissent ce que vous souhaitez qu'on perçoive de votre personnalité dans votre intimité, mais vu à distance, à travers le filtre des fenêtres, des rideaux et des haies. Peut-être ont-ils tendance à révéler ce que vous aimeriez cacher mais je ne me risquerai pas dans des (psych)analyses hasardeuses.
Cet aperçu très pointillé est un des aliments de mon imagination. Je m'amuse des papiers-peints démodés ; admire les rangements si pratiques que je n'ai pas la place d'installer chez moi, remarque les lustres tendance ou les cadres accrochés.
Je moque ces garages si parfaitement rangés qu'on se demande s'il sont coulés dans la résine autant que ceux tellement encombrés qu'ils ne verront jamais une voiture !


Je rigole mais depuis le fauteuil de ma voiture, j'aime regarder vivre vos maisons. J'aime ces témoignages indirects, non intrusifs et laissant la place au subjectif. J'aime voir et me faire mes films ! Imaginer le plaisir et la détente de retrouver son intérieur en ces froides soirées. J'aime penser que les familles se réunissent et vont se raconter leur journée (oui bon, je suis un idéaliste, ne l'oubliez pas !). Bref, ce loisir me fait espérer un peu en l'humain, c'est vrai.

Alors pendant ces quelques mois d'hiver, s'il vous plaît, pensez à moi en rentrant à la maison : attendez un peu avant de fermer les volets !

Merci...

samedi 3 janvier 2015

100 - 1 - 15 - ø



Centième article publié ici, premier de l'année 2015 et peut-être un des derniers !

Ça en fait des célébrations ?!

Quelques mots pour expliquer ça.


À moins d'avoir un sérieux problème, qu'il relève du médical ou d'une fantaisie pas maîtrisée, il est rare de pouvoir distinguer réellement les facettes qui nous composent. Et c'est probablement mieux comme ça. Il n'y a que dans le cinéma hollywoodien que le monde peut être absolument tout blanc ou tout noir.


Dr Jekyll et Mr Hide.
Qui est qui ? Aucune idée en fait. Chacun est l'autre et inversement.

Tout ça pour dire qu'à un moment donné, il m'a semblé que certaines des trop nombreuses idées qui me traversent l'esprit chaque jour étaient trop sombre, trop désespérées ou trop graves pour figurer ici. A l'inverse, il y en a aussi que je juge si futiles qu'elles ne méritent juste pas d'être écrites ! Mais pas sûr que ça change pour celles-là.

J'ai donc fini par ouvrir un autre blog. Un lieu plus intime où j'imaginais déverser ma bile, mes colères et mon cafard. Ce blog là n'a eu pour ainsi dire aucune visite, pour la bonne raison que je n'en ai pas fait la publicité, ni ici ni ailleurs. C'était plus une expérience in vitro, un galop d'essai qui aujourd'hui n'accueille que deux pauvres articles et quelques brouillons. Mais il m'a servi, m'a aidé à préciser certaines aspirations, certaines envies.

Dans le même temps, je me suis mis à fréquenter un réseau social que j'avais jusqu'alors soigneusement évité. Celui que je suis là-bas a suivi un peu le même chemin. Moins jovial mais également moins policé, j'y ai pris soin d'éviter soigneusement tous les gens que je connais. J'y suis en sous-marin, presque entièrement anonyme (je dis presque car pour qui veut creuser...) et j'y ai laissé un peu plus libre parole à ma face cachée...en fait je suis comme tout le monde, c'est à dire que je ne montre pas tout non plus, que ce qui me semble pouvoir inspirer un minimum d'adhésion et de sympathie chez les personnes avec qui je suis en contact. Là où c'est drôle c'est que ce sont de parfaits inconnus (d'ailleurs aucun de mes amis de la vraie vie n'a atterri sur mon profil, même par hasard : amusant !). Inconnus qui le sont de moins en moins bien-sûr, à mesure que l'on livre des détails de la sphère plus ou moins privée. Mais la façon même dont le réseau fonctionne fait qu'il y a peu de personnel qui filtre. Ou plutôt que l'anonymat permet d'y livrer du très intime sans grande conséquence.

vendredi 19 décembre 2014

dans la joie et l'allégresse

C'est pas la joie par ici dis-donc !
Pas moins d'une dizaine d'articles dans la rubrique "brouillons", tous parfaitement inachevés et pour beaucoup inachevables. Bref...


La faute à qui ? A moi bien-sûr, c'est ma faute, entièrement. Enfin presque.

La faute à quoi ? Alors là, ça va se compliquer un peu. Je sais qu'il est facile de se trouver des tas de raisons extérieures pour justifier son apathie. Que le premier réflexe pour le lecteur pourra être d'invoquer ma démission de mes propres engagements (éh bien oui : publier des articles sur un blog c'est une forme d'engagement), ma motivation très fluctuante, mon manque d'empathie pour le public alangui et avide de mes mots... Je vous fais une liste pour gagner du temps.

Toutes ces raisons sont les bonnes. Mais toutes ne sont qu'apparences.
Car enfin, qui peut avec une certitude absolue confirmer ou rejeter les causes de son inaction, de son peu d'entrain ? Voilà, je me suis dédouané, c'est ma faute mais j'y ai été forcé. Victime de facteurs diffus, d'impressions qui flottent dans l'air. Est-ce l'arrivée du mauvais temps ? Les jours qui raccourcissent ? Est-ce la morosité ambiante ? La fatigue hivernale ? Evidemment je suis le seul à pouvoir répondre et si je suis là aujourd'hui, c'est que les réponses commencent à se faire en moi.

Je ne suis pas lassé d'écrire ici. Je ne suis pas blasé non plus de la socialisation numérique. Publier mes âneries me manque mais là c'était simplement le temps d'autre chose. Une réflexion, un recentrage peut-être.

Même écrire si peu aujourd'hui est une lutte. Pas de péridurale, je le sens bien passer. Ça s'écoule dans le désordre, en flux purulents et granuleux, bordel hémorragique !

Et puis une sorte de déclic : accepter peut-être de livrer le côté sombre. D'en dévoiler quelques bribes au moins. Parce que ça fait du bien de drainer les abcès, parce que ça rend plus compréhensible pour les autres, parce que ça entretient le mythe du mec ténébreux et profond (si si, laissez-moi croire que je sais le faire !).


Aucune idée de la forme que cela pourrait prendre. Peut-être une évolution dans la forme de ce recueil de (fl)âneries ? Ou comme pour ma personnalité décadente : un dédoublement. Ici le léger et ailleurs le sombre ? Il semblerait que la phase d'exploration ne soit pas tout à fait finie. Ça va se faire. Patience. Bientôt une nouvelle année !




lundi 13 octobre 2014

la loi des séries

Où quand le hasard se paye bien notre tête.


Le 18 octobre prochain, ça fera 2 ans que mon père est mort.

Et le 18 octobre prochain, à peu près à l'heure où mon père est mort, j'assisterai à la crémation d'un ancien collègue... il portait le même prénom que mon père...
Je crois que je vais demander une dispense à l'avenir pour ce jour là. On dira que c'est ma journée banalisée, celle où je peux pas être là !

Est-ce que ça va ? Franchement, j'ai connu mieux.






Sinon je n'oublie pas que je dois toujours parler de disques et de livres que j'aime. Plus tard.


Allez, la bise chez toi !

vendredi 6 juin 2014

aujourd'hui c'est Dédé


Je suis un enfant du D-Day.


C'est une phrase qui ne coûte pas grand-chose à asséner comme ça, surtout qu'avec un tout petit peu d'objectivité on peut l'affirmer de tous les enfants conçus après ce jour là. Donc ça peut sembler bateau et terriblement inscrit dans l'actualité - parce qu'on aura jamais eu autant d'événementiel autour de cette commémoration.

Bon en même temps, on ne va pas tarder à atteindre la date de péremption du souvenir, un peu comme pour la première guerre d'ailleurs. Quand tous les derniers vétérans auront disparu. Je crois que c'est réellement à cet instant qu'on passera de la mémoire à l'Histoire. Des histoires à l'Histoire.
Là des histoires on en a encore, et c'est précisément ce qui m'a poussé à écrire aujourd'hui.

Non pas que je veuille célébrer cette journée en vous parcourant tout le catalogue de mes connaissances sur le sujet mais c'est vraiment un moment très particulier.
Moi j'ai une double chance dans tous ça : mes parents sont nés pendant cette guerre. Ce qui veut dire que leurs propres parents l'ont prise en pleine poire, en ont souffert au quotidien, et l'ont forcément racontée. Soit à moi-même, assez rarement, soit à leurs enfants (mes parents... je resitue pour ceux qui auraient perdu le fil déjà), soit à leurs enfants donc qui me l'auront alors transmis. Ça c'est la chance nouméro ouno.
Et je suis né en Normandie. Pas dans le secteur des plages, pas dans la poche de Falaise ou une autre ville ayant vu défiler force troupes et combats, mais quand-même...

Le Havre a reçu 12000 tonnes de bombes en septembre 1944, plus de 2 tonnes par victime, et la ville fut rasée à 82% (imaginez votre rue aujourd'hui, votre quartier, avec seulement une maison sur cinq encore debout). Oui oui, là c'est l'autre chance.


Le Havre, quartier Saint-Joseph et square Saint-Roch, hiver 1944-1945
image wikimedia CC-BY ?-SA



Une chance parce que des histoires comme ça, forcément ça marque un peu les gens. Ça influence la culture collective. Et puis sans même en parler, les témoignages sont légions dans le quotidien ici. Enfant j'ai joué dans des blockhaus, là-haut sur les falaises entre mon Havre et Étretat. J'ai vécu dans cette ville reconstruite, impossible même quand on est très jeune d'ignorer les raisons de la "Reconstruction". Je l'écris comme ça car les adultes avaient cette manière si particulière de la citer, et ils en parlaient tellement, en parlent encore tellement pour certains. Elle en est devenue une entité propre.

La Reconstruction c'est cette dame qui est arrivée après la guerre. Avec ses bons d'essence et ses bétonnières. Elle est venue dire aux hommes que rien n'était fini, qu'il était temps de regarder à nouveau vers l'horizon sans crainte, mais le cœur ouvert vers les autres. Que des bateaux allaient revenir, chargés de marchandises et en emporter également. C'est cette dame là qui a sauvé la ville et par la même ses habitants. Elle leur a offert une Histoire pour abriter leurs histoires.


Le Havre, quartier Saint-Joseph, 2006
image wikimedia CC-BY Erik Levilly


J'en ai entendu de ces histoires. Autre bon plan, mon père, qui n'était pas de la région, adorait comprendre. Alors il se faisait raconter, relater, expliquer. Parfois il transmettait le tout à ses enfants et parfois même on était avec lui à ces moments là.
Et il n'y avait pas que lui. Je ressens encore mon émotion d'enfant, ma mère expliquant avoir eu le droit à une bise de Montgomery à la libération de Vernon, elle avait à peine 4 ans. Son institutrice et son mari, tous deux résistants, que nous retrouverons 40 ans après et qui nous expliquerons que mon oncle aussi, alors adolescent, passait des messages dans les sacoches de son vélo. (A moins que j'ai fantasmé ce détail ?)
Il y a aussi ce vieux bonhomme, mécano touche à tout qui collectionnait à deux pas de chez nous des véhicules du débarquement. Et cet autre, mais peut-être s'agissait-il de la même personne ? J'enrage de n'avoir mieux préservé ce souvenir. Celui-là donc qui expliquait que, réquisitionné pour la construction d'une rampe de lancement de fusée V1, il n'hésitait pas à jeter des kilos de clous ou autres ferrailles dans le béton qu'il coulait, ce afin d'affoler le système de guidage magnétique des engins. Il aurait certainement été fusillé sur le champ s'il avait été découvert.
Et notre voisin à la campagne qui rangeait des boulons dans un casque allemand.
J'en passe parce qu'il y en aurait encore beaucoup à raconter et qu'il m'en vient encore de nouvelles... comme l'été dernier où au détour d'une visite au cœur de la Charente, je lie conversation avec un indigène qui me demandait d'où je venais pour m'intéresser à son église. Lorsque je lui ai dit être normand, il m'a raconté comment il avait connu enfant les allers-retours à vélo entre Paris où il logeait chez un oncle et le pays de Bray, à la recherche de crème fraîche qui allait directement alimenter le marché noir.
Voilà à quel niveau ce situe ma mémoire. Autant dans le personnel, dans les histoires que dans l'Histoire.


Alors le Débarquement...

C'est loin, très loin. Pensez donc, c'était il y a 70 ans, presque une vie !

De l'eau à déferlé sur Arromanches depuis. Il est temps de passer à autre chose, de penser à l'avenir plutôt que de ressasser les sempiternels récits de tueries...
Il serait temps d'arrêter d'en vouloir aux Allemands, d'aduler les Américains, de craindre les communistes, et de réaliser que le centre du monde n'est plus Omaha Beach.
D'ailleurs ça a bien un peu changé tout ça. Parce que les jeunes ne sont pas autant imprégnés de ces souvenirs, que les histoires sont solubles dans le quotidien des familles et que l'Histoire est en grande partie tronquée, formatée, volatilisée par la télévision et les médias en général.
Sauf que justement, ne comptez pas sur moi pour ce formatage "6 juin 44 en 90 minutes et on range au placard pour 10 ans". Le 6 juin je ne l'oublie jamais, tous les ans j'ai au moins une pensée. Certains diront que c'est rassurant : ça signifie que je pense au moins une fois par an !!!
Non je n'en veux pas aux Allemands. Toutes les horreurs dont on a parlé ne sont pas leur œuvre mais celle d'une bande de tarés qui auraient aussi bien pu venir du Zimbabwe. On n'aurait pas fait mieux à leur place. Et je n'adule pas plus les Américains, loin de là. Et je crois que paradoxalement, eux n'ont pas beaucoup regardé vers l'horizon depuis, mais c'est un autre débat.
Omaha Beach n'est effectivement PLUS le centre du monde mais l'a bel et bien été pendant quelques jours.

Pour moi le 6 juin 1944, c'est un de mes organes. Il est là, branché sur la tripaille, bien caché derrière mon estomac. C'est un élément viscéral, indispensable. Si tu me l'enlèves je crève.
Essaie un peu de t'imaginer ce jour. C'est pas bien compliqué normalement avec les tonnes d'images (combien par victime ?) dont on t'a abreuvé(e) me diras-tu...
Mais il ne s'agit pas seulement de les voir et d'être impressionné, ou écœuré, ou blasé. Non, ces images là il faut les mâchonner longuement, les goûter, en aspirer l'essence et les digérer.
Penser au contexte, à ce que faisaient les gens dans leur vie, à ce qu'ils savaient de leur monde. Et se représenter les lieux, les objets, les sons... les couleurs ! Ça je crois que c'est très compliqué. On a toujours été documentés en noir et blanc sur l'avant Pompidou.
Mais quand on a réussi à s'immerger vraiment, là ça prend aux tripes.

Que s'est-il passé ?
Des milliers avant moi ont déjà tenté de répondre, généralement bien mieux que moi, alors je vais essayer de vous épargner la philosophie à deux balles et me cantonner à mes impressions, mes convictions.


image U.S. National Archives and Records Administration - domaine public


On ne peut pas dire que notre vie est meilleure aujourd'hui grâce à ce qui s'est passé sur ces plages. J'entends déjà les tirs de réglage de l'artillerie se rapprocher pour avoir osé sortir ça. Aucune volonté de réécrire l'histoire dans mon propos, aucune sympathie pour l'oppresseur d'alors. Mais réellement, sincèrement, je crois qu'on ne peut pas répondre à cette question. Que le seul moyen serait de découvrir et observer un monde parallèle où le contraire serait arrivé. Mais je crois tout aussi sincèrement que ce qui s'est produit à durablement et profondément changé le monde et la façon de penser de l'humanité... ou au moins d'une partie de celle-ci...

Était-ce un courage immense, une inconscience crasse, une folie totale de descendre l'échelle de corde le long de la coque du bateau ?
Risquer déjà la noyade pour rejoindre la barge de débarquement en contreplaqué (franchement cheap le cercueil, et même pas de couvercle !) avec en objectif ce pays inconnu qu'on devinait à peine derrière la brume, les vagues et la fumée. Fallait-il être embrigadé ? Idéaliste visionnaire ? Juste totalement con ?


image U.S. Coast Guard - domaine public


Là encore, avant d'engager l'obus dans la culasse, prenez un peu de recul sur ce que je dis. J'essaie de me projeter dans la situation pour évaluer lequel de mes traits de caractère m'aurait conduit alors sur Utah, Omaha, Gold, Juno, ou Sword. Sous le feu des MG42 et des GW34. Depuis des année que je me pose la question, je ne suis toujours pas certain d'avoir envie de connaître la réponse. Mais voilà, dès qu'il en est question, dès qu'un témoin de ce moment, vivant ou pas, passe dans mon champ de vision, j'ai cette sensation lancinante dans le ventre. La pleine conscience d'un des événements les plus formidables que le monde ait vu. Et je ressens aussi la peur qu'ont pu avoir ces types là, qui ont choisi (au moins pour certains...) de risquer une mort quasi certaine.
Pas pour des idées, un dieu, le bien, un pays, mais pour un rêve. Le rêve que tout ceci servirait peut-être à quelque-chose. Et qu'un jour, peut-être 70 ans après, des gens écriraient encore sur leur sacrifice ou simplement se souviendraient.


Voilà à peu près où j'en suis avec le D-Day. On a raison de fêter cet anniversaire en grande pompe parce que progressivement les histoires s'estomperont et l'Histoire ne sélectionnera qu'une infime partie de ce qui s'est produit. C'est normal, c'est comme ça. Préservons ce qu'on peut autant que possible. Mes enfants sont jeunes mais je n'imagine pas ne pas leur transmettre ce que je sais et ce que je ressens. Heureusement qu'on est sur place, ça aide !





Pour aller plus loin :

il y en a encore tellement à dire, tant d'exemples que j'aurais aimé poser ici en illustration. Des adresses, des vidéos... Impossible d'imaginer même la quantité de supports qui traitent du sujet. Voilà juste quelques titres que je connais pour vous aider à aborder le sujet et des idées de visites... vous en trouverez facilement d'autres !

Le Havre 44, à feu et à sang de Eddy Florentin. Je l'ai toujours connu dans la bibliothèque familiale. Facile à trouver en occasion, même à ma zone...
1940-1944, l'histoire secrète du mur de l'Atlantique : de l'organisation Todt au débarquement en Normandie de Rémy Desquesnes, sorti en 2003 il est malheureusement devenu inconnu au catalogue de son éditeur (Éditions des Falaises). A chiner.
Elbeuf et sa région - Témoignages de guerre de Yves Fache, si vous avez la chance de tomber dessus aussi en bouquinerie.
Le poignant Mémoires d'objets-Mémoires d'hommes de François Bertin aux Éditions Ouest-France est incontournable.
Cimetière américain, Colleville sur Mer, 2009
Météo de circonstance...
Bien-sûr je vous recommande de visiter le Mémorial de Caen, d'aller voir Pegasus bridge et les nombreux musées sur le thème (de Merville à Cherbourg ça laisse des possibilités !), de prendre la mesure des événements dans les cimetières militaires. Colleville  sur Mer évidemment mais n'hésitez pas à visiter aussi le cimetière allemand de La Cambe.
Je ne suis pas un promoteur acharné de spiritualité au sens chrétien du terme mais devant ces milliers de tombes il est impossible de ne pas se recueillir et réfléchir un peu.


Jetez un œil ou deux à la galerie PhotosNormandie que j'ai découverte il y a quelques jours à peine.
Regardez les films, les documentaires (nombreux même sur Youtube), ils ne sont pas parfaits bien-sûr, pas exempts de partis pris, mais je crois que ça aide toujours à se faire une idée. Si vous pouvez revoir l'insoutenable première 1/2h de Saving Private Ryan, allez-y...

Et allez voir les plages ! Représentez-vous la chose en grandeur nature !

mercredi 19 février 2014

pas assez là

Ouh la la, bientôt deux mois sans publication. Comme le temps passe !

Une photo ? De la musique ? Un essai philosophique ? Une tribune politique ? (no way pour la dernière, ça n'arrivera pas !) Si vous avez une suggestion à faire, je prends. J'ai bien envie de publier mais du mal à embrayer.


?

lundi 4 novembre 2013

Some facts about me...

Depuis que je lis passe du temps circule perds mon temps travaille glande sur internet (bientôt 20 ans !!!), il y a un petit exercice qui m'amuse toujours : ce sont ces listes de "vérités" concernant leur auteur. Une façon de raconter à la fois des choses potentiellement intimes et totalement impersonnelles puisque par définition les lecteurs sont majoritairement anonymes.

Allez hop, à mon tour !

  1. j'ai commencé ce blog sans savoir si c'était pour écrire ou pour être lu..!
  2. je déteste parler politique. Ces 15 dernières années ont fini de me convaincre que ce truc ne sert absolument à rien ; à part pour ceux qui en vivent ! (généralement sur le dos des autres) J'ai pourtant un peu approché ce monde il y a longtemps, j'ai même été membre d'un CMJ (conseil municipal des jeunes).
  3. je ne sais pas faire de vélo sans les mains. C'est con, moi qui aime tant mes virées en forêt ou dans les vignes l'été. Mais pas moyen de lâcher le guidon. Et si je tombais ?
  4. à la maison c'est moi qui nettoie les vitres et fais la cuisine, la plupart du temps.
  5. j'aurais pu m'appeler Magali... (ou Magalie ? Jamais pensé à demander à mes parents comment ils l'auraient écrit)
  6. j'adore les anchois au sel et les cornichons à la Russe, pas des aliments faciles à partager ! En revanche je n'aime pas du tout les ailes de raie réputées si délicates.
  7. j'ai rencontré Jean Rédélé une fois. Au vernissage d'une expo de celui que j'ai longtemps considéré comme un véritable mentor et qui était mon professeur de dessin au collège...
  8. je me suis cassé plusieurs doigts, jamais 2 fois le même. Le pire ça a été le pouce : 3 mois avec des broches en travers de la main et plusieurs années pour récupérer une mobilité presque normale. Depuis je peux prédire les changements de la météo avec 1 ou 2 jours d'avance.
  9. j'ai arrêté de fumer il y a 6 ans. C'était la troisième fois et ça a marché. Tellement bien que depuis quelques temps je peux à nouveau fumer des cigares sans pour autant baver devant une sèche. Oui je fume régulièrement le cigare, ce truc puant parfaitement politiquement incorrect ! (voir point 13)
  10. une banalité qui m'énerve particulièrement : entendre "à tes souhaits" quand quelqu'un éternue. Comme si ça avait un quelconque intérêt... Raaaah, que ça peut me gonfler ! Mais je suis bien élevé, alors je dis rien.
  11. il n'y a pas bien longtemps que j'arrive à vivre normalement tout en ayant parfaitement conscience que les cd et les livres de la maison ne sont même pas tous rangés par ordre alphabétique. En revanche mon bureau peut présenter le plus incommensurable bordel sans que ça me gêne le moins du monde. Enfin ça c'était avant aussi, promis je me soigne.
  12. je n'ai pas "l'esprit club". J'ai toujours été fasciné par les confréries et autres rassemblements. Que ce soient des bikers, des sportifs ou des joueurs de tarot, j'admire ces fraternités et j'ai toujours envie d'en faire partie. Mais avec moi ça marche pas, je suis trop indépendant et je redeviens toujours très rapidement un électron libre. J'ai un petit côté asocial.
  13. j'adore le whisky. Et tout particulièrement ceux qui viennent de l'île d'Islay, très forts en tourbe et très fumés. Mon préféré, c'est Caol Ila. J'aime beaucoup le cognac aussi. (voir point 9)
  14. j'oublie tout, tout le temps. Alors je colle des post-it... que j'oublie de lire ! C'est une horreur. Par contre je retiens parfaitement des trucs tout à fait inutiles. Ça sert à quelque-chose de se rappeler tous ses anciens numéros de téléphone ou les immatriculations des voitures de toute la famille ?
  15. mon premier poisson rouge s'appelait Bubulle, comme celui de Gaston Lagaffe.

C'était quoi la question déjà ?


(et si le jeu t'a amusé(e), tu ouvres un blog et tu fais pareil !!!)



    dimanche 28 avril 2013

    j'suis pas bien


    Merci William Sheller de me fournir un titre d'article et son illustration sonore clé en main.

    Désolé pour cette non-vidéo : chanson rare sur le net !

    En vrai je ne suis pas comme ça. Positiviste maniaque, je cache mon amer réalisme derrière une attitude toujours tournée vers le bon, le mieux. Dès qu'un(e) ami(e) semble flancher, je suis toujours prompt à l'aider à chercher les aspects positifs à mettre en avant. Pour faire court, en vrai réac des bons côtés je vois toujours le verre à moitié plein.

    Ben là non. Ça va pas. Pas bien compliqué à expliquer : je pense que je n'ai pas encore digéré l'année 2012. Si vous avez suivi un peu les articles de la fin d'année dernière, vous savez de quoi je parle. Les psy de service diront que je n'ai pas fait mon deuil. Possible, probable... encore que... Mais ça veut dire quoi au juste ? J'y vois un simple exemple de politiquement correct, un bon moyen que notre monde du "happy face" permanent et obligatoire a trouvé pour d'une part justifier qu'on puisse faire la gueule un moment après avoir perdu un proche ou un hamster (belle connerie aussi que de mettre cette idée à toutes les sauces, pourrais-je prendre un peu de temps pour faire le deuil de la fin de Dexter ?) et d'autre part pour gentiment et au nom du bien commun t'envoyer chialer un peu à l'écart parce que là franchement, tu casses l'ambiance avec ton mort.
    Au boulot on est trois dont le père est mort en deux mois de temps. Putain de 2012. C'est bien, on peut s'isoler en groupe comme ça ! Et on n'a même pas besoin de se parler, il suffit qu'on se regarde en face et tout y est.
    Moi mon deuil il est fait depuis le 18 octobre dernier. Je me tenais à côté de son lit et je savais qu'il n'était déjà plus là. Que ça ne servait à rien de lui tenir la main ou d'attendre un quelconque signe (de quoi d'ailleurs ?). C'est fou comme un corps peut refroidir vite. Je lui ai parlé bien-sûr, comme j'ai recommencé quelques jours plus tard en lui disant adieu (raaaah, je déteste ce mot - pas pour ce qu'il signifie mais parce que Dieu n'a vraiment rien à foutre là-dedans). Ce que je lui ai dit ne regarde que moi, et un peu lui mais bon, donc vous n'en saurez rien bande de voyeurs nécrophiles ! Disons qu'il fallait que je me convainquisse que je faisais bien mon entrée dans le monde des adultes et que j'avais besoin de vérifier la bonne compréhension de certains de ses messages des 30 et quelques dernières années. Je savais que là le monde avait changé pour de bon.

    Reste à "construire" ma vie sans lui. Je mets des guillemets parce que je n'ai pas non plus attendu ça pour construire quelque-chose, je devrais plutôt dire aménager. C'est dur, ça prendra du temps. J'suis pas bien. Il me manque.


    notes :
    edit du 30 avril : et personne n'a pensé à me signaler que le lien dans la note juste au dessus n'y était pas ?!